On parle beaucoup aujourd’hui de l’écrivain à succès et de sa définition. Un auteur, c’est une personne lettrée qui fait profession d’écrire. Pourtant il n’en a pas toujours été ainsi et nous ne parlons presque jamais de l’Histoire des auteurs. Je vous propose de découvrir les 8 époques marquantes de l’Histoire qui ont permis de faire évoluer l’auteur de simple scribe sous l’Egypte antique à l’écrivain à succès du XXe et XXIe siècle.

 

L’évolution du statut de l’auteur

Découvrez dans cet article l’évolution du statut de l’auteur de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Huit périodes sont notables dans la construction du statut de l’auteur :

  1. L’Antiquité : une identité mythique
  2. Le Moyen Âge : vecteur d’anonymat
  3. La Renaissance : singularité de l’auteur
  4. L’âge classique : le temps de l’écrivain
  5. Le XVIIIe siècle : la propriété intellectuelle
  6. Le XIXe siècle : les pseudonymes
  7. Le XXe siècle : les œuvres déstructurées
  8. Epoque contemporaine : l’impact du numérique

1/ L’Antiquité : une identité mythique

évolution du statut de l'auteur

L’Illiade et l’Odyssée sont des ouvrages mythiques écrits par des auteurs et pourtant… Le rapport à ces ouvrages est différent. On ne lit pas L’Odyssée d’Homère comme on lirait Marc Lévy ou Agatha Christie. Outre le genre et la qualité de l’oeuvre, il y a quelque chose de différent… Un rapport à l’auteur et à son statut complètement transformé.

Pourquoi cela ?

La professeure Elisabeth Parinet (Ecole nationale des Chartes) explique dans son ouvrage Histoire des auteurs que l’auteur dans la Grèce antique “n’est qu’un interprète des dieux, un intermédiaire entre l’Olympe et le public, habité par la Muse qui lui insuffle son génie.”

l’auteur et les dieux

Dans l’Antiquité, l’auteur a un lien sacré avec les divinités, en témoigne la profession de scribe en Egypte. Son talent d’écriture provient de quelque chose au-dessus de lui et non pas en lui. En Grèce, l’auteur ne crée pas, ne prend pas la parole mais livre le chant des Muses. L’Illiade l’explicite : “Chante, déesse, la colère d’Achille…” Un auteur ne peut pas, en cette époque, prétendre égaler les dieux par son talent, sinon il fait preuve d’hybris (de démesure, vantardise).

La transcendance est la seule explication du génie de l’auteur, et c’est cela qui légitime son statut. La lecture de livres de littérature comme pur plaisir est une idée inexistante dans l’Antiquité : on lit une oeuvre d’un auteur car elle a une fonction religieuse. L’auteur n’a donc pas conscience de lui-même.

l’auteur et l’oralité

Malgré l’invention de l’écriture, les scribes et la bibliothèque d’Alexandrie, l’Antiquité reste profondément marquée par l’oralité. L’écrit est un support de mémoire des performances orales (plaidoyer juridique de Cicéron, poésie lyrique, théâtre d’Aristophane), non un support regardé pour lui-même. Une méfiance persistera vis-à-vis de l’écrit qui, selon Platon, arrête la pensée et ouvre la voie aux contresens sur les textes.

 

2/ Le Moyen Âge : ère d’anonymat

évolution du statut de l'auteur

l’auteur scolastique

Le Moyen Âge est une période complexe au cours de laquelle l’auteur n’est pas considéré individuellement. Là encore, ce dernier s’efface derrière une autre entité : la collectivité. Les savoirs sont partagés au sein des universités et les hommes lettrés apprennent la scolastique, c’est-à-dire la philosophie couplée d’un enseignement de théologie.

Selon L’Histoire des auteurs, “l’activité littéraire au Moyen Âge soude avant tout une communauté de pensée et d’écriture avant de laisser s’exprimer des individualités. […] nombre d’œuvres sont présentées de façon anonymes, parfois pour échapper à la censure, plus souvent par dédain de soi.”

3/ La Renaissance : singularité de l’auteur

évolution du statut de l'auteur

La Renaissance est une période de bouleversements et de renouveau vis-à-vis du Moyen Âge, attesté comme période obscure : les grandes découvertes et inventions affirment la conscience de l’individu et sonnent l’apogée de l’Humanisme. L’Homme est placé au centre de toutes les réflexions ; Érasme écrit qu'”on ne naît pas homme, on le devient”.

l’auteur à part entière est né

L’imprimerie donne une prolifération de textes ainsi qu’une reconnaissance sociale à l’auteur : il est approuvé par ses pairs et dispose d’une conscience personnelle. A partir de cet instant l’auteur est un personnage à part entière qui défend son honneur et son nom, pour la première fois mis en avant.

Une fois encore, c’est le contexte social et l’émergence d’un nouvel idéal esthétique qui donne à l’auteur une plus grande légitimité

4/ L’âge classique : le temps de l’écrivain

évolution du statut de l'auteur

l’auteur devient écrivain

Le XVIIe siècle marque l’apogée du terme d’écrivain sur celui d’auteur. Selon l’Histoire des auteurs, “écrire, employé absolument, signifie désormais faire oeuvre littéraire”.

Qu’est-ce qui justifie cela ?

L’époque est marquée par l’esthétique classique pensé comme l’idéal de perfection. Le Grand Siècle fait une place à part entière à la littérature et à de nouvelles règles. Des stratégies d’écrivains apparaissent et cherchent l’approbation du grand public, des salons et des institutions royales. L’auteur n’est plus seulement reconnu, il dispose d’un statut d’écrivain et est souvent spécialisé. Par exemple, Corneille est le spécialiste des tragédies quand Molière est le spécialiste des comédies et des farces.

5/ Le XVIIIe siècle : la propriété intellectuelle

évolution du statut de l'auteur

vers une protection de l’écrivain et de ses ŒUVRES

Une question nouvelle se pose dans le débat public : celle de la propriété intellectuelle. L’auteur n’est plus dépendant d’une quelconque puissance mais maître de son travail.

Les années 1760 sont marquées par le plaidoyer de Diderot en faveur des droits des libraires plutôt que pour les prétentions des auteurs. Au contraire, Beaumarchais en 1777 soutient le privilège des auteurs. Le décret du 19 juillet 1793 aboutira à une reconnaissance du droit exclusif de disposer de son oeuvre ainsi que des droits de l’auteur sur son oeuvre après sa mort.

Le lien qui attache l’écrivain à son oeuvre se resserre et la protection juridique se développe.

6/ le XIXe siècle : les pseudonymes

évolution du statut de l'auteur

Si le statut d’auteur et la reconnaissance des œuvres pour eux-mêmes existent, la publicité du nom d’auteur n’est toujours pas acquise.

le pseudonyme : moyen de transgression de la censure

Les auteurs utilisent fréquemment un nom de plume pour échapper à la censure et s’éviter les foudres des conventions sociales.

S’ajoute à cela un problème récurrent : la position sociale, mais surtout la différenciation selon le sexe. Nombreuses sont les femmes à utiliser un pseudonyme pour s’affranchir de la censure. En tête de liste : Georges Sand. Le secret fait figure de norme.

7/ le XXe siècle : l’auteur déstructuré

évolution du statut de l'auteur

l’inconscient et l’auteur

L’introduction des découvertes de l’inconscient influence la communauté littéraire. De nouveaux écrivains revendiquent un recul vis-à-vis de la création littéraire consciente en faveur d’un déconstruction de l’acte créateur. Le mouvement Dada laisse le hasard décider de l’écriture.

Roland Barthes publiera ainsi un article en 1968 sur “la mort de l’auteur” et de la vision traditionnelle.

quelle légitimité pour ce courant de pensée ?

Le temps ne semble pas avoir tranché en faveur de cette pensée, mais introduit plutôt une forme de diversité dans les genres littéraires. L’auteur peut s’affranchir des règles classiques sans pour autant être rejeté de ses pairs.

8/ de nos jours : auteur et numérique

évolution du statut de l'auteur

dématérialisation et nouveaux droits

L’introduction du numérique a bien évidemment bousculé le rapport de l’auteur à l’écrit. L’écriture sur ordinateur favorise aujourd’hui une nouvelle phase de production croissante des œuvres littéraires. En découle aussi de nouveaux droits pour les écrivains capables, à présent, de s’auto-produire et de vendre massivement sur les plateformes des GAFA.

A titre d’exemple, Bookelis.com, Librinova.com, Smashwords, PressBook, etc.

une réinvention de l’auteur ?

La profusion de blogs entraîne une massification d’auteurs et plus précisément de rédacteurs web. Mais cela suffit-il pour être considéré comme un écrivain ? Peut-on véritablement dire que les auteurs à l’ère d’Internet disposent d’une pertinence suffisante pour faire preuve de légitimité ?

Par ailleurs, l’introduction des moyens numériques facilite la production d’œuvres littéraires à n’importe quel âge, en témoigne la réussite de Guillaume Benech.

Son témoignage montre un certain attachement à la littérature classique, couplé d’innovation technologique. L’un ne semble donc pas incompatible avec l’autre.


Que pensez-vous de l’évolution du statut de l’auteur ? Avez-vous une période préférée ? Que pensez-vous du statut de l’écrivain à l’heure du numérique ?


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